Vendredi 30 novembre 2007
La Petite fille aux allumettes
Andersen
Il faisait affreusement frois; il neigeait et commençait à faire sombre. c'était le dernier soir de l'année, la veille du Jour de l'An.
Par ce froid et par cette obscurité, une petite fille marchait dans la rue, tête nue et pieds nus. Oh elle avait bien eu des pantoufles aux pieds, lorsqu'elle était sortie de chez elle, mais à
quoi bon ! C'étaient de très grandes pantoufles, sa mère les avait mises en dernier lieu, tant elles étaient grandes, et la petite les avaient perdues en se dépêchant de traverser très vite.
L'une des pantoufles fut impossible à retrouver, et un garçon courait avec l'autre, disant qu'elle pourrait lui servir de berceau, quand il aurait des enfants.
La petite fille marchait donc avec ses petits pieds nus, qui étaient rouge et bleu de froid.
Elle serrait dans un vieux tablier une quantité d'allumettes soufrés et en tenait un paquet à la main en marchant.
De toute la journée personne ne lui en avait acheté; personne ne lui avait donné le moindre sou.
Elle avait faim, elle était gelée, elle avait un aspect lamentable, la pauvre petite !
Les flocons de neige tombaient sur ses longs cheveux dorés, qui bouclaient joliment dans son cou, mais elle ne pensait pas à cette parure.
A toutes les fenêtres brillaient les lumières et une délicieuse odeur d'oie rôtie se répandait dans la rue; car c'était la veille du Jour du l'An.
Et ça, elle y pensait.
Dans un angle entre duex maisons, dont l'une avançait un peu plus que l'autre dans la rue, elle s'assit et se blottit.
Elle avait replié ses petites jambes sous elle, mais elle avait encore plus froid, et elle n'osait pas rentrer chez elle, car elle n'avait pas vendu d'allumettes et pas eu un sou. Son père la
battrait.
ET il faisait si froid que chez eux, on 'avait que le toit au-dessu et le vent sifflait jusque dedans, malgré la paille et les chiffonc qui bouchaient les plus grsses fissures.
Ses petites mains étaient presque mortes de froid.
Oh, comme une petite allumette pourrait faire du bien !
Si elle osait en tirer rien qu'une du paquet, la frotter contre le mur et se réchauffer les doigts. Elle en tira une, pfutt ! Comme le feu jaillt, comme elle brûla ! Ce fut une flamme chaude
et claire, comme une petite lumière qu'elle entoura de ses mains !
C'était une drôle de lumière !
Il semblaut à la petite fille qu'elle était assise devant le grand poêl de fer à boules de cuivre et tuyau de cuivre. Le fer brûlait délicieusement, il réchauffait très bien; non, qu'est-ce qu'il
y a ?
La petite fille étendait déjà les pieds pour les réchauffer aussi... quand la flamme s'éteignit. Le poêle disparut. La fillette resta avec un petit bout d'allumette brûlée à la main.
Une seconde fut frottée, brûla, éclaira, et aux endroits où sa lueur tombait sur le mur, celui-ci devenait transparent comme un voile. La petite fille vit l'intérieur de la salle, où la table
était mise. La nappe était d'une blancheur éclatante, couverte de porcelaine fine. l'oie rôtie fumait, pleine de pruneaux et de pommes et - ce qui était encore plus magnifique - l'oie sauta du
plat, marcha sur le parquet avec une fourchette et un couteau dans le dos et vint jusqu'à la pauvre fille.
Alors l'allumette s'éteignit, et l'on ne vit plus que l'épais mur gris.
Elle alluma encore une allumette. Elle se trouva assise sous un superbe arbre de Noël.
Il était encore plus grand et plus paré que celui qu'elle avait vu par la porte vitrée chez le riche négociant, au dernier Noël.
Des milliers de lumières brûlaient sur les branches vertes, et des images bariolées, comme celles qui ornent les fenêtres des boutiques, la regardaient. La petite étendit les mains en l'air... et
l'allumette s'éteignit.
Les multiples lumières de Noël montèrent de plus en plus haut, elle vit qu'elles étaient devenues des étoiles scintillantes !
L'une d'elle fila et raça une longue raie lumineuse dans le ciel.
-En voilà une qui meurt, se dit la petite, car sa vieille frand-mère, la seule personne qui avait été bonne pour elle, mais qui était morte maintenant, avait dit : "Quand une étoile tombe, une
âme monte vers Dieu."
Elle frotta encore une allumette contre le mur, et une lueur se répandit, au milieu de laquelle était la vieille grand-mère, nette, bbrillante, douce et aimable.
-Grand-mère ! cria la petite. Oh emmène-moi : Je sais que tu seras partie quand l'allumette sera éteinte; partie comme le poêle chaud, la délicieuse oie rôtie et la grand arbre de Noël !
Et elle frotta en hâte tout le reste des allumettes qui étaient dans le paquet. Elle voulait retenir sa grand-mère; et les allumettes brillèrent d'un tel éclat qu'il faisait plus clair qu'en
plein jour. Jamais Grand-mère n'avait été si belle, su grande.
Elle enleva la petite fille sur son bras. Elless'envolèrent surperbement et joyeusement, haut, très haut. Et là, pas de froid, ni de faime, ni d'inquiètude... Elles étaient au Paradis !
Et dans le coin de la maison, au froid matin, la petite fille était assise avec des joues roses, et le sourire à la bouche..., morte, gelée la dernière nuit de la vieille année.
Le matin du Nouvel An se leva sur le petit cadavre assis près des allumettes soufrées, dont un paquet était presque entièrement brûlé.
"Elle a voulu se réchauffer" dit-on.
Nul ne sut ce qu'elle avait vu de beau, avec quelle splendeur elle et sa grand-mère étaient entrées dans la joie du Nouvel An.
--> Je trouve ce conte très triste, j'avoue avoir versé quelques larmes...
Un conte n'est-il pas censé être destiné aux enfants ? Moi je dis non, les contes font peurs aux enfants... Et les font pleurer...
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